“Sur le toit de la maison attend El-Bourak, la nerveuse jument noire aux attaches fines, monture préférée de Mahomet. Elle piaffe, naseaux frémissants; sa queue s’envole en panache. A peine Mahomet est-il en selle, d’un seul bond, que la jument, aux flancs de laquelle semblent battre des ailes, se dresse sur ses arrières et pique vers le ciel. La grande tache de lumière de l’archange (Gabriel) la précède, comme si elle la guidait dans la nuit ou le songe (...) Un troisième galop dans les cieux l’amène à Jérusalem, sur l’esplanade du Temple. C’est là que, conduit par le Tout-Puissant, Abraham manifesta sa totale soumission; là, sur ce mont Moriyya, Akedat Izhak, le rocher du sacrifice, qu’un bélier fut substitué à Isaac, selon la clémence divine; là que s'élèvera Masjid El-Aksa, la Mosquée lointaine. Comme Abraham laissa son empreinte sur la pierre sacrée de la Mecque, la Maquam Ibrahim, Mahomet impose la sienne sur le rocher de Jérusalem, Gubbat as Sakhra, avant d’enfourcher une quatrième fois la jument noire, qui pique droit vers la voûte céleste (...) tour à tour, il rencontre Adam, Jésus et saint Jean, Joseph, Idris, Aaron, Moïse, enfin, dans le septième ciel, le plus élevé, Abraham (...) Par le truchement d’un ange, Mahomet reçoit de Dieu sa mission prophétique, les douze commandements de la Loi... et il se réveille, dans sa maison au toit intact, à l’heure où le soleil se lève sur la Mecque”.

Jean Fernot, Jérusalem, nombril du monde, Grasset, 1994.